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Le mardi 2 juillet 2013

Bien plus qu’une ville minière

Par Claude Boucher

Fermont

La Ville de Fermont célébrera son 40e anniversaire l’an prochain. Fondée en 1974 pour répondre aux besoins d’hébergement des travailleurs miniers du gisement du Mont-Wright, la municipalité continue de vivre au rythme des entreprises minières. Mais sans pour autant nier ce lien étroit qui l’unit à l’industrie minière, Fermont aspire à en devenir moins dépendante, et à se forger une identité propre.

 

La mairesse de Fermont, Lise Pelletier, est arrivée dans les tout débuts de la ville minière en 1975, à l’âge de 9 ans. Comme bien d’autres, elle a quitté Fermont pour poursuivre ses études. Mais elle y est revenue en 1996. C’est alors que l’intérêt pour la politique municipale s’est développé. 

 

« Lorsque je suis revenue à Fermont, je souhaitais m’impliquer dans la communauté, car c’est ici que j’ai passé ma jeunesse. J’ai donc demandé une subvention au maire pour le hockey féminin, subvention que j’ai obtenue. C’est alors que je me suis dit “Pourquoi pas moi?”.

 

En 2001, elle remporte une élection partielle au poste de conseiller, et deux ans plus tard, elle est élue mairesse par une faible majorité. Néanmoins, cette élection la place parmi les premières femmes à occuper ce poste sur la Côte-Nord, poste qu’elle cumule avec celui de préfet de la MRC de Caniapiscau.

 

Au fil des ans, la réalité a bien changé à Fermont. Lise Pelletier se rappelle que les familles étaient plus grosses à l’époque, comme partout ailleurs au Québec. Et comme toute bonne ville minière, les cycles économiques ont joué un rôle important dans l’évolution de la ville.

 

“Il y a toujours eu des hauts et des bas dans les minières, des cycles en dents de scie d’une dizaine d’années. Des familles ont quitté, sont revenues, d’autres sont arrivées. La population a beaucoup fluctué. Aujourd’hui, on voit arriver une troisième génération de Fermontois et Fermontoises. Aussi, chose qu’on ne voyait pas avant, des retraités choisissent de rester, ou reviennent à Fermont parce que leurs petits enfants sont ici. Certains y ont gardé des chalets pour venir faire de la motoneige.”

 

Fait particulier, il n’y a plus de naissance à Fermont depuis des années. Les mères doivent donc se déplacer vers le sud pour accoucher, en raison de l’absence de services médicaux nécessaires. Quoi qu’il en soit, au rythme des besoins en main-d’œuvre, la ville s’est développée et comptait 2800 habitants, avant le récent boom minier.

 

Le grand bouleversement

 

L’impact du boom minier a frappé Fermont de plein fouet, il y a environ trois ans. En l’espace de quelques mois, sa population est passée de 2800 à 5500 personnes. Des gens qu’il fallait loger, nourrir, soigner. Presque du jour au lendemain, la municipalité se devait de réorganiser ses services, et de voir à la mise à niveau de ses infrastructures.

 

“Ç’a été un gros défi pour Fermont, parce que tout nous est arrivé du jour au lendemain. C’est comme un enfant marchait à trois mois et se mettait à lire à 6 mois. Il y avait tout un rattrapage à faire du côté du gouvernement, et ce n’est pas encore fini. Les gens ne réalisent pas ce que ça représente comme travail pour une petite municipalité comme Fermont. Il fallait avoir une structure et une organisation pour permettre aux minières de se développer, pour répondre aux besoins des minières en termes d’infrastructures de campement.”

 

Le premier défi aura été d’assurer le traitement des eaux usées et la disponibilité d’eau potable pour cette population accrue. Mais l’arrivée massive de travailleurs a eu des impacts à tous les niveaux, explique Lise Pelletier.

 

“Il y avait déjà une communauté, qui était là avant le boom minier. Socialement, ça a affecté la population. Tout, que ce soit le côté social, la santé, etc. On a réussi à prendre un leadership, mais on ne pouvait pas tout faire seul. Localement, il y a eu certaines critiques de la population. Avant que le gouvernement comprenne les besoins réels des villes, ça ne suivait pas. Il a fallu travailler très fort avec eux. Ils avaient du rattrapage à faire.”

 

Lise Pelletier nous confie que le choc entre les Fermontois de souche (ou presque) et les nouveaux arrivants ne s’est pas fait sans heurts. Les travailleurs, qu’ils soient en “fly in-fly out” ou permanents non résidents, doivent comprendre qu’avant leur arrivée, il y avait une communauté bien établie, avec ses règles.

 

“Les minières n’ont pas hésité à mettre à la porte des gens qui ne respectaient pas certaines règles de vie ici à Fermont.”

 

Le principal défi réside donc aujourd’hui dans la recherche d’un équilibre entre les bénéfices du boom miniers, l’accroissement de la population et le respect du mode de vie des Fermontois.

 

“On doit établir un tissu social avec tous les projets d’expansion, établir un pont entre les résidents et les nouveaux arrivants. Il y a eu 150 unités de logement construites en 2012, et on prévoit la même chose en 2013. On doit aller chercher un meilleur sentiment d’appartenance à Fermont chez nos citoyens, et stimuler l’implication dans la vie communautaire. On ne veut pas créer une ville-dortoir. Il faut ramener un équilibre dans ce qu’on a vécu depuis les deux dernières années.”

 

Plus qu’une ville minière, un milieu de vie

 

Le spectre des villes fermées après le départ d’une entreprise ou d’une industrie unique plane évidemment sur Fermont. La ville de Schefferville en est un exemple évident dans la région. Mais pour Lise Pelletier, pas question de même songer qu’un jour Fermont pourrait disparaître. Fermont peut-elle devenir autre chose qu’une simple ville minière?

 

“J’y crois dur comme fer, lance énergiquement Lise Pelletier. Et c’est pour ça que je veux continuer à travailler. Fermont existe depuis 40 ans, on est toujours là et on est là pour rester. Nous devons améliorer nos infrastructures et c’est ce que nous allons faire. Avant même la première annonce d’Arcelor-Mittal en 2011, nous avions fait une planification stratégique de la ville. Nous avions rassemblé tous les partenaires de la ville autour d’une table. Cette planification stratégique est en train d’être mise en place.”

 

Mise à niveau de la piscine et de l’aréna, construction d’un centre multifonctionnel, un lieu de rassemblement pour répondre aux besoins des résidents, ce ne sont pas les projets qui manquent.

 

“La qualité de vie de nos citoyens, c’est notre principal objectif pour les prochaines années. Ce qu’on veut offrir, c’est une vision de développement durable,  une communauté stable et en santé, et une économie dynamique. Il ne faut pas se le cacher, les gens sont quand même bien rémunérés à Fermont. Mais on souhaiterait qu’ils dépensent à Fermont, et non dans le sud.”

 

Et sur le plan qualité de vie, Fermont n’est certes pas dépourvue d’attraits. Royaume des amateurs de plein air, de chasse et de pêche, ses résidents peuvent se vanter de partir de la maison en raquette, en motoneige ou en VTT, d’avoir accès à d’innombrables lacs et rivières et de pouvoir profiter, hiver comme été, d’une nature riche et diversifiée. Ces attraits font d’ailleurs réfléchir des résidents temporaires à y rester en permanence.

 

“On entend des gens qui travaillent ici, des fly-in fly-out ou des permanents non résidents, qui commencent à réfléchir à l’idée de s’installer ici avec leur famille. On n’entendait pas ça avant.”

 

La ville table aussi sur le développement du tourisme nature et d’aventure pour diversifier son économie. Et avec l’amélioration de la route 389, l’accès plus facile permettra une plus grande affluence de visiteurs. Mais Lise Pelletier le répète, la ville doit avant tout rechercher l’équilibre.

 

“À Fermont, il y a de la place pour tout le monde, pour vue que tout le monde soit à sa place, et avec des critères de développement durable. C’est ce qu’on fait et qu’on veut continuer de faire.”

 

 

Encadré

 

Un autre mandat en novembre?

 

Après 10 ans à la tête de la ville de Fermont et de la MRC de Caniapiscau, Lise Pelletier avait annoncé qu’elle ne solliciterait pas un autre mandat aux prochaines élections municipales. Il semble bien qu’elle ait changé d’idée.

 

“Je fais comme Dominique Michel. C’est vrai que j’avais dit que je ne me représenterais pas, mais je me représente pour les élections de 2013, pour un autre mandat de 4 ans. Je ne peux pas laisser ça, j’aime trop les défis que ça représente. Je sens que j’ai encore beaucoup à donner, du temps à donner à Fermont, et sur le plan régional. Je suis emportée par la passion, malgré tous les bouleversements, je ne peux pas laisser ça.”

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