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Bien choisir une certification sociale ou environnementale

Le vendredi 25 octobre 2013

Par Corinne Gendron

Au cours des dernières années, les certifications sociales et environnementales se sont multipliées : ISO 14001, FSC, SFI, Biologique, Équitable, LEED… À la fois guide de bonnes pratiques et exigences, ces certifications permettent à l’entreprise de se démarquer de ses concurrents pour son excellence sociale et environnementale, de répondre aux conditions de certains clients, et même de susciter la fierté de ses employés avec des effets bénéfiques sur l’attractivité et la rétention. Devant la prolifération des certifications toutefois, les gestionnaires ont souvent du mal à faire un choix, et le client lui-même est déboussolé : que signifie telle certification? En quoi se différencie-t-elle de telle autre qui s’applique au même secteur? Quelle est sa véritable valeur quant à l’amélioration des pratiques organisationnelles ou l’image publique?

Bien choisir une certification sociale ou environnementale

Ces questions sont non seulement pertinentes, elles sont indispensables, car toutes les certifications ne se valent pas. Mais comment les juger? Sur quoi se baser pour en apprécier la valeur? Pour répondre à cette question, il faut d’abord prendre conscience du fait que les questions sociales et environnementales sur lesquelles portent ces certifications ne sont pas des questions techniques ; ce sont des enjeux sociaux à propos desquels s’organisent des contestations sociales, qui font l’objet de réglementation, et qui se traduisent bien souvent par des risques pour l’entreprise, qu’ils soient économiques ou réputationnels. Par conséquent, pour juger de la valeur d’une certification sociale ou environnementale, il est indispensable d’en analyser non seulement le contenu technique, mais aussi la dimension sociale, c’est-à-dire à la fois le processus d’élaboration et l’adhésion dont elle fait l’objet auprès des acteurs sociaux.

À titre d’exemple, les certifications FSC (Forest Stewardship Council) et le PEFC (Programme for the Endorsement of Forest Certification qui regroupe les certifications dites « industrielles » dont la SFI Sustainable forestry initiative) se disputent depuis plusieurs décennies déjà le champ de la gestion forestière. Or, si le FSC a été notamment promu par des groupes écologistes en dialogue avec d’autres acteurs, la certification SFI fut développée en réaction à cette première initiative par des industriels soucieux d’élaborer eux-mêmes leurs normes de gestion durable. Si bien que malgré leurs exigences, la norme SFI et plus généralement le PEFC sont jugés par les groupes écologistes comme des certifications industrielles dites « de complaisance » ; ils ne leur accordent aucun crédit, de telle manière qu’une entreprise certifiée SFI n’est pas à l’abri de leurs campagnes, contrairement à une entreprise certifiée FSC. En d’autres termes, et à l’inverse de la certification FSC, la certification SFI ne réduit pas le risque social, ce que confirment d’ailleurs les analyses financières de Bouslah et ses collègues. Leurs travaux montrent que sur une période de 36 mois, les marchés financiers ont pénalisé les entreprises certifiées SFI, 14001 et CSA, alors qu’ils ont accordé une prime aux entreprises certifiées FSC. Les gestionnaires comprennent bien ces enjeux de risque et de crédibilité : s’ils débutent parfois leur démarche de responsabilité sociale en utilisant une certification industrielle jugée plus accessible, ils visent à moyen terme la certification la plus exigeante parce que c’est elle qui leur offrira la meilleure plus value en termes de réduction du risque et d’image notamment.

On peut aborder la question de la certification LEED avec ce regard lorsqu’il s’agit de la comparer avec la norme Green Globe. Liée aux intérêts des industries forestière et du plastique, Green Globe prévoit des exigences qui leur sont plus favorables que LEED. Mais quelles sont sa crédibilité et sa légitimité face à la population lorsqu’on sait qu’elle est l’initiative de ces industries?

La dernière version de la certification LEED (4.0) a été élaborée dans le cadre d’un long processus participatif, d’ailleurs retardé en raison des plaintes de l’industrie. Elle intègre une série de nouvelles exigences qui répondent aux enjeux tels qu’ils ont évolué au cours des dernières années. C’est une certification qui, à l’instar d’autres outils, n’est certainement pas parfaite et suppose des investissements importants pour revoir et moderniser la conception et la gestion des bâtiments. Mais si des efforts doivent être faits, autant s’assurer de leur bonne réception par les acteurs sociaux qui restent les premiers juges de la performance sociale et environnementale de toute entreprise et de toute activité.

 

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